Les élèves de 3e commémorent l’engagement des colonies

vendredi 6 décembre 2019
par  LANDOT

Une cérémonie à la nécropole nationale de Chasselay avec les élèves de 3A. Ce mardi 19 novembre, c’est avec Apolline, Aya, Amina, Émilie, Alexandre et Guillaume, tou.te.s élèves de 3A du collège Asa Paulini, que nous nous sommes rendus à la nécropole nationale de Chasselay, élevée en hommage à ceux qu’on a longtemps appelés « La force noire » ou bien encore « les Tirailleurs sénégalais ». Nous accompagnaient aussi M. Labranche et Mme Vidal, représentant le collège. C’était là une cérémonie d’hommage à double titre : d’abord pour rappeler la mémoire des 188 soldats noirs qui sont morts le 21 juin, assassinés par les troupes nazies alors qu’ils luttaient contre leur progression. Ce fut aussi un hommage plus large, à l’ensemble de ces hommes qui, engagés ou enrôlés de force dans l’armée française, ont bien souvent servi de chair à canon et d’unités sacrifiées. Soldats des colonies, mais d’abord soldats français, leur héroïsme et leur sacrifice ont longtemps été passés sous silence. En leur souvenir, cette nécropole a été érigée, appelée aussi tata sénégalais, ce qui signifie "enceinte sacrée" en wolof. L’objectif de cette cérémonie était aussi que les élèves l’organisent entièrement et en soient des acteurs.

Nous sommes arrivés à 9h30, pour préparer la cérémonie et laisser le temps aux élèves de s’imprégner des lieux. Les élèves de troisième du collège Jean moulin à Villefranche nous ont rejoints car l’enjeu était aussi de travailler ensemble. Et il y a eu alors, malgré le froid mordant, comme une harmonie naturelle qui s’est progressivement constituée entre tou.te.s. Chacun s’est attelé à son rôle, chaque élève travaillant en binôme : les chefs du protocole, (dont Alexandre) , les maîtresses de cérémonie (dont Apolline) , les lecteur.rice.s (dont Aya, Amina, Émilie et Alexandre), celleux qui levaient le drapeau français (dont Guillaume), les porteurs de fleurs et de gerbe (dont Amina, Aya et Émilie).

Les officiels arrivèrent progressivement, identifiés par les chefs du protocole, puis les porte-drapeaux, les anciens combattants et un public plutôt nombreux au regard de l’horaire. La cérémonie débuta quand les maîtresses de cérémonie appelèrent les officiels : sous-préfet, colonel de l’armée, consul du Sénégal, inspecteur d’académie, principaux adjoints... Les porte-drapeaux se mirent au garde à vous, puis les couleurs furent levées dans un silence solennel. Les textes d’hommage furent ensuite déclamés, redonnant mémoire et âme aux soldats enterrés. Ces textes mêlaient productions communes, poèmes et discours. Malgré le froid, le vent et une fine bruine qui pénétrait les uniformes comme les cabans, les élèves firent preuve d’une gravité solennelle et constante, s’appliquant dans les déclamations, portant le mot juste, conscients aussi que dans cette cérémonie quelque chose se jouait qui dépassait le simple moment. Le sous-préfet rappela ensuite le sacrifice des 188 héros qui moururent à Chasselay. Ce fut ensuite le temps des dépôts de gerbe, où les maires d’Anse et des Chères, le sous-préfet ainsi que la mairie de Lyon représentée furent accompagné.e.s des élèves porteurs des gerbes pour les déposer sous la plaque commémorative, derrière les tombes, au fond du tata.

La minute de silence qui suivit ne laissa entendre que le vent, permettant à chacun de penser aux sacrifices de ces soldats arrachés de force à leur terre, combattant pour un pays qu’ils ne connaissaient pas et qui commencerait à se souvenir d’eux cinquante ans plus tard. Nous avons ensuite chanté l’hymne national, la Marseillaise, celle qui fut écrite pour les soldats de l’armée du Rhin en 1792, qui étaient aussi partis combattre pour la république et la liberté. Nous n’oublierons plus.

Un mot personnel du professeur :

En tant que professeur d’histoire, c’est toujours une fierté de voir des élèves s’investir et, à leur tour, faire événement. Ce faisant, ils s’engagent à leur échelle dans la société, formant le trait d’union nécessaire entre les générations, permettant justement que l’histoire ne soit pas seulement chose du passé, qu’elle soit enracinée dans un contexte toujours complexe car mêlant passé et présent. Ces cérémonies évoquent bien sûr un temps lointain, des femmes et des hommes inconnu.e.s, des gestes et des événements qui ne sont plus. Cependant, ces cérémonies ne sont pas vaines : d’abord parce qu’elles s’enracinent dans une terre, sur un territoire, au cœur d’un espace local, concret, précis. C’est alors que la géographie rejoint l’histoire, parce qu’ensemble le temps et l’espace se trouvent associés, c’est-à-dire l’existence humaine (on « est » à un endroit et à un temps donné et précis). Elles ne sont pas vaines, parce qu’aussi elles donnent sens au passé, quel que soit le nom dont on affuble ce sens (mémoire, leçon…), elles donnent à voir la complexité de notre histoire et donc de notre présent, malgré la facilité de se laisser convaincre du contraire. Ces cérémonies symbolisent et illustrent que la République française s’est construite difficilement et progressivement, par à-coup, sans aucune certitude de durabilité, qu’elle est le fruit de nombreux espoirs ; qu’elle fut portée par des êtres de tous horizons et de tous sexes et qu’enfin cette république démocratique et sociale n’est pas exempte d’erreurs, de fragilités et d’errements, tant elle reste, comme l’écrivait Winston Churchill, « the worst form of government except all those other forms that habe been tried from time to time » (la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes les autres déjà essayés par le passé).

Je voudrais donc remercier tou.te.s les élèves qui se sont engagé.e.s personnellement et leur dire simplement que je suis fier d’eux et de leur investissement dans ce projet. Merci.


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